Aller au contenu
Écoquartiers Genève
Retour

Projet Cherpines-Charrotons : Enjeux, Urbanisme et Attentes pour cet Agro-Quartier

Vue aérienne de l'agro-quartier des Cherpines-Charrotons : intégration des terres agricoles et prolongement du tramway genevois.

Situé entre le Jura et le Salève, sur la plaine de l’Aire, le périmètre des Cherpines-Charrotons constitue l’une des plus vastes extensions urbaines de l’agglomération genevoise. Bordé par la zone industrielle ZIPLO à l’ouest et le centre sportif de Plan-les-Ouates, ce site se caractérise avant tout par la présence historique de 58 hectares de très bonnes terres agricoles classées parmi les meilleures du canton.

Identifié par le Plan Directeur Cantonal comme zone stratégique de développement mixte pour répondre à la pénurie de logements, le projet a été estampillé “écoquartier” par les autorités cantonales dès 2011. Cependant, une déclaration d’intention ne crée pas un écoquartier. Voici ce que le cahier des charges doit contenir pour que ce qualificatif soit mérité.

Au-delà du label : l’exigence de l’agro-quartier

Notre position reste inchangée depuis le suivi initial du projet en 2011 : seul un projet d’urbanisation exemplaire peut justifier le déclassement de 58 hectares de terres arables de première qualité. La valeur agronomique de ce sol est quantifiable, et ce coût doit être intégré dans l’évaluation du projet.

Le Plan Directeur de Quartier (PDQ) des Cherpines prévoit un programme mixte de 3 000 logements et 2 500 emplois, répartis entre Plan-les-Ouates et Confignon. La composition du programme logement est un premier indicateur de la qualité du projet :

L’idée fondatrice de l’agro-quartier visait à intégrer une ceinture agricole productive au sein même du tissu urbain : non pas des potagers d’agrément, mais des surfaces d’agriculture professionnelle maintenues en activité sur le long terme par des baux agricoles sécurisés. C’est sur la réalité de cet engagement que le projet sera évalué.

La méthode SMéO : un outil d’évaluation, pas une caution

Afin de dépasser la critique de principe, le projet des Cherpines a fait l’objet d’un suivi rigoureux depuis les premières esquisses de 2011. L’association a conduit une analyse critique du cahier des charges à l’aide de la méthode “Quartiers durables by SMéO”, outil de référence en Suisse romande pour l’évaluation multicritère des projets d’aménagement.

Ce que la méthode SMéO évalue concrètement

SMéO structure l’évaluation autour de plusieurs domaines de durabilité :

Cette démarche a conduit à des échanges formels avec la Direction générale de l’Office de l’urbanisme et à des modifications du cahier des charges sur plusieurs points. Elle illustre que la participation citoyenne structurée produit des résultats concrets lorsqu’elle s’appuie sur des outils d’analyse reconnus plutôt que sur la seule mobilisation.

Les points de vigilance identifiés par l’analyse SMéO

L’évaluation a mis en évidence plusieurs lacunes persistantes dans les versions successives du PDQ :

Densification et mobilité : le Tram 15 comme condition sine qua non

Pour que les 3 000 logements et 2 500 emplois prévus ne génèrent pas une saturation des axes routiers existants (route de Base, autoroute de contournement A1), l’infrastructure de mobilité doit précéder l’urbanisation et non la suivre.

Le prolongement de la ligne de tramway 15 jusqu’au coeur du quartier est le prérequis non négociable. Le calendrier actuel prévoit une mise en service du prolongement vers Plan-les-Ouates simultanément avec la livraison de la première tranche de logements, ce qui est la condition minimale acceptable au regard des enseignements des projets européens de référence.

Les projections de mobilité intégrées au PDQ tablent sur un taux de motorisation cible de 0,5 à 0,6 voiture par logement, contre 0,85 à 0,9 en moyenne dans les communes périurbaines genevoises. Cet objectif n’est atteignable que si trois conditions sont réunies simultanément :

  1. Le Tram 15 est opérationnel dès l’ouverture du premier immeuble
  2. Le stationnement est régulé dès la phase de conception (nombre de places plafonné, mutualisation entre logements et activités)
  3. Les liaisons cyclables sécurisées reliant le quartier aux pôles d’emploi proches (Plan-les-Ouates, Carouge, Lancy) sont livrées en même temps que la voirie

Conclusion : des engagements à contractualiser

Les Cherpines-Charrotons disposent de tous les ingrédients pour devenir une référence genevoise de l’agro-quartier : superficie suffisante, localisation accessible, contexte paysager de qualité. La question n’est pas de savoir si le projet est techniquement réalisable, mais si les ambitions affichées seront traduites en obligations contractuelles opposables aux promoteurs. Sans clauses contraignantes sur la performance énergétique, la gestion hydraulique, le maintien des surfaces agricoles et le séquençage des équipements publics, le label “écoquartier” restera une déclaration de principe.


Partager cet article sur:

Précédent
Gestion des Eaux Pluviales en Milieu Urbain : L'Efficacité du Système Mulden-Rigolen
Suivant
Aménagement Participatif : Retours sur les Ateliers de Réflexion pour des Quartiers Vivants