L’imperméabilisation des sols est l’un des défis majeurs de l’aménagement urbain contemporain. Face à la multiplication des épisodes pluvieux intenses, les réseaux d’égouts conventionnels saturent, entraînant des coûts de traitement exponentiels et une perturbation du cycle naturel des nappes phréatiques. Pour les futurs écoquartiers suisses, le concept de “Ville Éponge” n’est plus une option paysagère, mais une nécessité d’ingénierie.
L’une des réponses techniques les plus abouties à ce jour est le système “Mulden-Rigolen” (noues et tranchées filtrantes), déployé à très grande échelle comme nous l’avons analysé dans notre dossier sur le quartier Kronsberg à Hanovre.
Le principe technique du Mulden-Rigolen
Contrairement à un drainage souterrain classique qui accélère l’évacuation, le système Mulden-Rigolen vise la rétention et l’infiltration décentralisées. Il se compose de deux éléments clés travaillant de concert :
- Les Noues (Mulden) : Ces dépressions végétalisées en surface collectent les eaux de ruissellement issues des chaussées et des toitures. Elles agissent comme une zone tampon offrant un premier filtrage naturel des polluants de surface.
- Les Tranchées (Rigolen) : Situées sous les noues, ces fosses remplies de graviers reçoivent l’eau infiltrée. Elles stockent le volume d’eau excédentaire lors des fortes averses avant de le relâcher lentement dans le sous-sol.
L’objectif est de reproduire le débit de fuite naturel d’un terrain non urbanisé. À Hanovre, par exemple, le débit maximum autorisé vers le cours d’eau récepteur a été strictement bridé à 3 litres par seconde et par hectare (3 l/s*ha)[cite: 1560, 1561].
Un ROI positif pour les infrastructures publiques
L’argument environnemental s’accompagne d’un avantage financier direct pour les maîtrises d’ouvrage et les municipalités.
En évitant la construction de lourdes canalisations souterraines et de coûteux bassins d’orage bétonnés, le système décentralisé réduit drastiquement les dépenses d’investissement. Les retours d’expérience montrent que pour les infrastructures publiques, un système de gestion décentralisée des eaux de pluie est environ 17 % moins cher qu’un système de drainage classique[cite: 1635]. Le coût réel d’investissement avait été évalué à 31 € par mètre carré de surface construite[cite: 1636].
Intégration paysagère et acceptabilité
L’eau devient un élément de composition urbaine à part entière. Les fossés d’infiltration et les petites poches d’eau de surface ne sont pas cachés : ils favorisent l’évaporation, rafraîchissent le micro-climat (réduisant les îlots de chaleur) et fixent les poussières urbaines[cite: 1573].
Pour les projets d’aménagement genevois, l’adoption de normes exigeantes sur la rétention parcellaire, couplées à un réseau public de type Mulden-Rigolen, garantit une maîtrise des coûts d’infrastructure tout en valorisant fortement le foncier par des aménagements paysagers de haute qualité.